Compte rendu de la soirée forum du 8 octobre 2018

Débat sur le pont de la Jonction : compte rendu

  • , actualisé le
  • par Nicolas

Installée à l’occasion des travaux effectués par les CFF le cadre des chantiers CEVA, la nouvelle barrière du pont de la Jonction a suscité beaucoup de réactions d’habitants critiquant l’obstacle visuel qu’elle constitue dans ce lieu offrant un point de vue exceptionnel.

Pour qu’un débat sur cette question puisse avoir lieu, le Forum Démocratie participative a organisé en octobre 2018 un forum public, avec la participation d’intervenants de l’association Stop suicide, du Service du monument et des Sites, de la Commission des monuments et des Sites, et de la Ville de Genève, avec la présence de M. Rémy Pagani, conseiller administratif.

Une centaine de personnes y ont assisté, on écouté les explications apportées par les intervenants et ont fait part de leurs remarques, questions et réactions lors d’un débat très animé dont la presse a donné des échos

(Voir ici sur le site du Forum les articles de la Tribune et du Courrier)

  Intervenants

  • M. Rémy Pagani, conseiller administratif, responsable du Département des constructions et de l’aménagement de la Ville de Genève, et M. Olivier Morand, chef du Service de l’aménagement, du génie-civil et de la mobilité.
  • Mme Léonore Dupanloup et M. Raphaël Thélin, permanents de l’association Stop suicide.
  • M. Jean-Frédéric Luscher, directeur du Service des monuments et des sites du Canton de Genève.
  • Mme Valérie Hoffmeyer, membre de la Commission des Monuments et des Sites.
  • Nicolas Künzler, coordinateur du Forum Démocratie participative, modérateur de la soirée

  Accueil et présentation de la soirée

Après avoir accueilli les personnes présentes, Nicolas Künzler rappelle que le but du Forum est que les habitants – quels que soient leur âge ou leur nationalité – aient leur mot à dire sur les questions qui concernent le lieu où ils vivent, que ce soit à propos d’aménagement, de la transformation du quartier, de circulation, etc.

Vu de l’extérieur, le sujet de ce débat, une barrière sur un pont de chemin de fer, pourrait sembler anodin. Mais il est en fait à la fois sensible et important. Parce qu’il concerne deux problématiques de société qui suscitent toutes deux beaucoup d’émotion.

D’un côté la question de la sécurité et de la prévention du suicide. Chacun parmi nous a connaissance des drames que peuvent constituer la mort volontaire d’une connaissance ou celle d’un proche. Et cela encore plus lorsqu’il s’agit d’une personne jeune. Pour les 15-29 ans, le suicide est la première cause de mortalité.

Mais de l’autre côté, il y a aussi une dimension essen­tielle : celle du paysage, de la beauté de certains lieux ; du bonheur, de l’équilibre, du goût de vivre qu’ils nous apportent. Et c’est pourquoi la nouvelle barrière du pont de la Jonction a suscité dans le quartier et chez nombre d’usagers de la promenade entre Saint-Jean et la Bâtie des réactions très vives d’incompréhension, de mécontente­ment, voire de colère. « Un massacre esthétique », « notre belvédère transformé en prison », « des boucheurs de vue » : voici quelques expressions qu’on a pu entendre ces derniers mois.


Alors que faire ? Entre sécurité et panorama, est-on condamné à faire choisir ? Ou bien peut-on concilier préven­tion d’un côté, et de l’autre l’accès à ce paysage exceptionnel que constituent la jonction de l’Arve et du Rhône, les rives du fleuve et la ville en arrière-plan ?



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  La rénovation du pont et la nouvelle barrière

Pont de la Jonction

Le pont de la Jonction avant rénovation

Long de 218 mètre, il culmine à 25 mètres. Il a été construit entre 1944 et 1946 pour relier la gare de Cornavin à la gare de marchandise de la Praille. Il est en cours d’inscription à l’inventaire, c’est-à-dire que son intérêt architectural et patrimonial est reconnu et doit être maintenu.

Pour comparaison, le pont Butin, lui a été construit entre 1916 et 1926. Sa longueur est de 270 mètres, sa hauteur de 48 mètres.

Rénovation

Rénovation du pont de la Jonction
© CEVA et Groupe 13.76, O. Zimmermann et L. Fascini

Le pont a été rénové en 2016 – 2017, dans le cadre du projet de liaison Cornavin – Eaux-Vives – Annemasse. Le maître d’œuvre était le CEVA, un organisme mixte CFF – Canton de Genève.

Elargissement
Profitant de la possibilité ouverte par les travaux de rénovation, la Ville de Genève a demandé l’élargisse­ment du passage pour les piétons, dont elle est propriétaire, avec la mise en place d’une nouvelle barrière.

Après une étude faite par le CEVA, une convention de financement est établie avec la Ville de Genève, celle-ci déléguant la maîtrise d’ouvrage au CEVA.

La barrière prévue mesurait 1 m 30. Le modèle avait été élaboré en discussion avec les architectes de la Ville de Genève, et elle avait reçu l’autorisation de l’Office fédéral des transports.

Il s’agissait d’une barrière avec des fers plats, identique (à part la hauteur et la section des fers qui était un peu moins importante) à celle qui qui existe aujourd’hui. Ce type avait été retenu notamment pour tenir compte de la défense du patrimoine, afin que la barrière soit aussi discrète que possible dans la silhouette du pont vu à distance.

Demande de Stop suicide
Fin 2016, l’association Stop suicide a demandé que les garde-corps aient une hauteur minimale de 1 m 80. La Ville de Genève a transmis cette demande au CEVA en décembre 2016, en soutenant cette requête et demandant formel­lement qu’elle soit prise en compte.

Pour le CEVA, comme la rénovation du pont devant être terminée fin 2017, cela représentait une complication supplémentaire. Mais la demande venant du propriétaire, il était nécessaire de l’intégrer.

De manière générale, les CFF n’ont pas de pratique de sécurisation de leurs ponts contre le suicide. Vu le nombre de viaducs du réseau ferré, cela représenterait une tâche démesurée.

Discussion et recherche de solutions
Il a donc fallu reprendre la question, avec comme nouveaux interlocuteurs l’association Stop Suicide et la Commission des Monuments et des Sites.

Une des raisons exposées par Stop suicide était d’éviter que le pont de la Bâtie soit utilisé par les désespérés à la place du pont Butin après la sécurisation de celui-ci. Il faut savoir en effet que même si sa réalisation s’est faite après, le projet de barrière du pont Butin – là aussi à la demande de Stop suicide – est antérieur à celui du pont CFF.

Différents types de barrière ont été envisagés : possibilité d’une barrière en plexiglas (écartée à cause du problème des tags), ou avec une géométrie ondulée (écarté car elle aurait été plus haute aux sommets de l’ondulation).

Compromis
La hauteur a été négociée : un accord entre les différentes parties a été trouvé à 1 m 55, minimum nécessaire pour qu’il y ait une certaine efficacité anti-suicide. Ce compromis a été adopté faute de temps pour étudier plus avant d’autres solutions.

Dans le cadre de la procédure d’autorisation, le projet a alors été examiné par les différents services de l’Etat pouvant être concernés par ce type de réalisation, et l’autorisation a été accordée par le Canton.

Quelques détail techniques


La barrière est faite de modules de 1 m 90 de largeur et de 1 m 50 de haut, fixés à 5 cm du sol. Les barreaux font 1 cm de large, l’espace entre eux est de 11 cm. La profondeur des barreaux est de 10 cm, ce qui augmente de façon croissante l’obstacle à la vue lorsqu’on regarde latéralement.


Placée sur un socle en béton, la barrière côté rail arrive à la même hauteur que celle côté Rhône. Le muret en béton à la base de celle-ci est une protection anti déraillement indispensable. Le rebord de ce muret sous la barrière est considéré comme suffisamment réduit pour qu’au niveau sécurité on juge que l’ensemble forme un seul obstacle de 1 m 55.


De l’autre côté des voies, la barrière aval est une barrière standard CFF, d’une hauteur de 1 m 15.


Problème d’information
Plusieurs personnes ont fait remarquer qu’aucune information n’avait signalé la hauteur de la nouvelle barrière. L’info CEVA n°15 parue en novembre 2016 était conforme au projet tel qu’il se présentait à ce moment là. La barrière après travaux dessinée est légèrement plus haute que celle avant travaux (passage de 1 m à 1 m 30).


Il n’y a pas eu d’information complémentaire sur le projet de barrière à 1 m 55. Selon le CEVA, cela aurait été la Ville de Genève, propriétaire ayant demandé la modification, qui aurait pu le cas échéant donner cette information.

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