Forum social de quartier : un compte-rendu

  • , actualisé le
  • par Nicolas

Mardi 24 septembre 2019, de nombreux habitants ont répondu à une invitation du Département de la cohésion sociale et de la solidarité pour partager leurs idées en vue d’améliorer la vie du quartier.

Voir également sur le site de la Ville de Genève : Forum social de quartier Saint-Jean - Charmilles : pour une démocratie vivante !

 Ouverture

Philipp Schroft, Chef du Service social de la Ville de Genève, conduit le déroulement de la soirée.

Les forums sociaux de quartier font partie d’une démarche menée par le Département de la cohésion sociale et de la solidarité de la Ville de Genève dans les différentes parties de la commune.

Il s’agit d’une invitation lancée aux habitant·e·s et aux associations d’un quartier à co-construire, dans le cadre d’une soirée de réflexions et d’échanges, des projets pour relever les défis sociaux qui se posent à eux. Le forum inclut la présentation du portrait social du quartier et des ateliers participatifs sur les principaux enjeux sociaux de leur quartier.

C’est donc une démarche participative innovante, préparée en étroite collaboration avec les associations partenaires, qui concourt à la mise en oeuvre de la politique sociale de proximité, qui vise notamment à renforcer la cohésion sociale et la solidarité à l’échelle des quartiers.

Sont donc présents les collaborateurs et collaboratrices du Département de la cohésion sociale et de la solidarité, ainsi que des représentant·e·s d’associations, pour entendre la parole des habitant·e·s et échanger avec eux.

L’objectif est d’aboutir, à l’issue des débats, à des actions concrètes et facilement réalisables.
Ces propositions issues de la soirée seront synthétisées dans un Plan d’actions qui intègrera également les constats du Portrait social de quartier et qui sera publié par la Ville.

 Réfléchir ensemble pour construire ensemble

Esther Alder, conseillère administrative responsable du [Département de la cohésion sociale et de la solidarité, dit sa conviction du rôle nécessaire et de l’apport irremplaçable de l’intelligence collective pour le développement du vivre ensemble dans les quartiers. L’expérience des forums sociaux déjà tenus dans d’autres secteurs de Genève montre en effet que l’on peut faire face aux défis qui se posent aujourd’hui en rassemblant les personnes pour construire ensemble un avenir commun. « Vous, les habitant.e.s, êtes les meilleurs experts de votre quartier. Nous sommes là pour vous écouter », déclare t-elle à l’assemblée.

Elle a exprime également sa reconnaissance pour l’engagement des associations et des habitant·e·s du quartier, et se réjouit pour ce qui va pouvoir être discuté et proposé lors de cette soirée, à partir de cette base de discussion qu’est le portrait social de proximité qui va être présenté.


 Refuser la fatalité et trouver d’autres solutions

Thierry Apothéloz, conseiller d’État en charge du Département de la cohésion sociale du Canton, souligne qu’il est nécessaire, dans un temps où elle est souvent malmenée, de rendre la démocratie vivante. Dans cette optique, le niveau local, celui du quartier ou de la commune, est à son avis particulièrement important, parce qu’il est celui qui permet le mieux la rencontre.

La politique dépasse en effet largement le cadre des partis et des élus. Elle est l’affaire de tous et toutes. Et c’est ce niveau citoyen, celui des habitant.e.s, qui permet d’agir contre la fatalité, de changer les choses, en mettant en œuvre des solutions différentes, trouvées en commun.

Parce qu’il n’y a pas une personne qui détiendrait la solution, mais des porteur.se.s de constats et de solutions, le partage et la discussion sont donc des outils indispensables, qu’il s’agisse d’urbanisme, d’action sociale, ou de tout autre question collective.

Le conseiller d’État rappelle qu’il ne faut pas oublier les « personnes invisibles », celles qui sont à l’écart des débats et des discussions, et donc se demander comment aller les chercher et établir des liens, dans un mouvement de va-et-vient.

Saluant l’engagement de la Ville de Genève pour la démocratie de proximité, il annonce également sa volonté de réactiver au niveau du Canton la politique de cohésion sociale en milieu urbain, avec là aussi l’objectif de trouver des solutions de façon collective, en associant la population le plus largement possible.

 Le Portrait social de quartier Saint-Jean - Charmilles

Henning Atzamba, sociologue, présente ce document rédigé par l’Unité méthodes et diagnostic du Service social de la Ville de Genève. Cette étude a été réalisée sur une double base :

  1. une étude des caractéristiques du quartier révélées à travers des renseignements statistiques ;
  2. des entretiens avec les nombreuses associations et les acteurs engagés dans le quartier.

En voici le résumé :

La politique sociale de proximité menée par la Ville de Genève a pour objectif la lutte contre l’exclusion sociale. Elle se focalise donc sur les populations à risque : précaires, petite enfance/enfance (familles), jeunes, aînés, nouveaux habitants/étrangers. Son mode d’action est le développement du lien social et de l’inclusion sociale par une approche collective et de proximité (à la différence d’une approche individuelle) et par l’appui sur la société civile (mobilisation – le lien social ne se décrète pas, il vient de la population).

Dans ce cadre, le Portrait social de quartier a pour objectif de définir les priorités sociales pour orienter l’action de la PSP. Il repose sur le principe de priorisation, par l’analyse des risques sociaux majeurs des quartiers d’un côté, et l’analyse de la force inclusive du quartier (la réponse du quartier en matière de lien social), c’est à dire l’existence de lieux de rencontre, d’activités, d’équipements publics, et la présence associative, socioculturelle et institutionnelle de proximité.

Cette double analyse permet de mettre en évidence les risques prioritaire, là où existent à la fois un risque social majeur et une réponse de proximité faible.


Configuration urbaine

  • Nature résidentielle de l’ensemble du territoire ;
    • Plus marquée à Saint-Jean
    • Deux pôles plus animés (Charmilles et rue de la Servette)
  • Territoire cisaillé par des axes urbains et naturels (territoire éclaté), ce qui influence les configurations et dynamiques de quartiers
  • Distinction de trois zones (avec sous-découpages) :
    • Secteur Saint-Jean (haut de Saint-Jean + bas de Saint-Jean)
    • Bande délimitée par les voies de train et la rue de Lyon (Charmilles + secteur de la rue de la Dôle + Zone industrielle de Châtelaine)
    • « Servette-Vieusseux » (Cité-Vieusseux + partie orientée Servette)
  • Densification du territoire, en particulier : Bourgogne, Cité-Vieusseux, Concorde, dont de nombreux logements sociaux à la Concorde -> défi d’intégration.

Risques sociaux

  • Profil socio-économique : populaire, mais caractère plus mixte à Saint-Jean
    • Concorde (secteur Saint-Jean)
    • bloc composé de Dôle, Bourgogne, Soubeyran et Charmilles (secteur Charmilles-Châtelaine)
    • très probablement à Servette-Surinam (secteur Charmilles-Châtelaine) -> risques d’exclusion liés à précarité plus importants dans ces sous-secteurs
  • Familles et jeunesse :
    • parmi les sous-secteurs précaires, trois abritent beaucoup de familles et de jeunes : Concorde, Charmilles, Soubeyran -> risques d’exclusion et de rupture sociale concernent plus particulièrement les familles et les jeunes dans ces sous-secteurs.
  • Aînés :
    • nombre élevé d’aînés à Cité-Vieusseux et Camille-Martin, zones résidentielles -> risques d’isolements des aînés importants dans ces sous-secteurs

Réponses inclusives et priorités d’action

Face à ces risques :

  • Charmilles :
    • concentre les réponses inclusives, notamment à l’égard des familles
      • dynamisme, équipements, événements/activités, réseau d’acteurs
      • … et quartier cloisonné => appropriation locale et identité marquées,
    • mais génère des effets ambivalents, notamment parmi les jeunes :
      • expérience de l’altérité plus limitée et sentiment d’impunité -> pas prioritaire en termes de développement de l’organisation collective et de stimulation de la vie de quartier, mais l’ouverture à l’extérieur mérite d’être soutenue
  • Concorde :
    • potentiel inclusif largement insuffisant -> priorité doit être donnée aux familles et aux jeunes
  • Soubeyran :
    • pour les familles et les jeunes : accès à l’offre de Cité-Vieusseux (équipements, organisation collective, activités) -> pas prioritaire
  • Dôle, Bourgogne, Servette-Surinam
    • zone peu inclusive, mais pour les familles incitation plus naturelle d’accès à l’offre avoisinante (Charmilles, bas de Saint-Jean)
    • démarche moins évidente pour les autres habitants (quartier moins familial) -> priorité en termes de dynamisation de quartier
  • Camille-Martin et Cité-Vieusseux (aînés)
    • zones résidentielles et offre insuffisante -> priorité contre l’isolement des aînés

Résumé des actions prioritaires

  • envers les familles précaires et les jeunes à la Concorde
  • ouverture vers l’extérieur des familles et des jeunes aux Charmilles
  • contre l’isolement des aînés à Camille-Martin et à Cité-Vieusseux
  • dynamisation de quartier à la Dôle, Bourgogne et Servette-Surinam

 Temps de discussion en groupes

Les personnes présentes se répartissent en 8 groupes. Chaque groupe discute d’un de ces 4 sujets :

  1. Engagement et participation des jeunes
  2. Engagement et participation des seniors
  3. Engagement et participation des familles
  4. Renforcement des solidarités de quartier


A partir de l’expérience des habitant·e·s et de leur idées, le but est de la discussion de proposer des actions concrètes à entreprendre pour améliorer les liens et la vie quotidienne dans le quartier.

 Résultats du travail en groupes

Atelier 1 : Jeunes (A) Atelier 1 : Jeunes (B) Atelier 1 : Jeunes (C) Atelier 2 : Jeunes (A) Atelier 2 : Jeunes (B) Atelier 3 : Seniors (A) Atelier 3 : Seniors (B) Atelier 3 : Seniors (C) Atelier 3 : Seniors (D) Atelier 4 : Seniors (A) Atelier 5 : Familles (A) Atelier 6 : Familles (A) Atelier 7 : Solidarités (A) Atelier 7 : Solidarités (B) Atelier 7 : Solidarités (C) Atelier 7 : Solidarités (D) Atelier 8 : Solidarités (A) Atelier 8 : Solidarités (B)

 Conclusion de la soirée

 Eléments de synthèse

Nicolas Künzler, du Forum Démocratie participative, retient du résumé des discussions les 3 éléments suivants :

1. Mettre en valeur ce qui existe et entrer en relation
Comme cela a été dit, le secteur Saint-Jean - Charmilles - Châtelaine est dense, très urbain. Il est aussi riche de nombreuses activités ou ressources proposées par des associations ou des personnes. La première action est donc de les faire connaître.

Mais l’information n’est qu’un moyen : elle vise à la compréhension, à entrer en communication, à établir des relations entre personnes. Son but n’est donc pas de se dérouler à sens unique, mais de permettre l’expression de tous et toutes, et le partage entre habitant·e·s.

2. Des espaces pour se rencontrer
Cela a été dit dès le début de la soirée, le quartier connait de nombreuses nuisances liées à sa situation urbaine et à sa densité. Mais un lieu de vie pour les habitant·e·s ne peut être fait que de routes, de béton, de bureaux, de commerces ou de parkings. Les jeunes présents ce soir l’ont souligné avec force : ils ont besoin de lieux pour être ensemble, des endroits où ils peuvent être eux-mêmes et se sentir acceptés. C’est là un besoin fondamental, pour chacun.e de nous, enfants, jeunes, adultes ou aînés. Disposer d’espaces publics et d’infrastructures qui permettent se rencontre, de tisser des liens.

3. Des limites, sans doute, mais pas de fatalité
Face aux difficultés et aux besoins que l’on a constaté ce soir, on se heurte vite aux limites non seulement de ce qui existe déjà (voir par ex. ce qui a été dit des horaires d’ouverture trop limités des maisons de quartier) mais même de ce qui est possible. Les ressources, les budgets, les espaces à disposition sont limités. Pourtant, même si personne ne possède la baguette magique qui permettrait de tout résoudre, il n’y a pas non plus de fatalité. Comme l’a rappelé Thierry Apothéloz en ouverture, la politique, au sens large, repose sur le refus de la fatalité. De plus, face aux limites, il vaut aussi la peine, comme l’ont relevé certains, de chercher à faire simple. Chercher du côté de ce qui est non marchand, de ce qui dépasse l’aide à sens unique, pour aller dans le sens de l’échange et du partage.

 Remerciements

Mme Esther Alder remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont participé à ce forum social de quartier ainsi que toutes celles qui l’ont organisé. Elle invite alors l’assemblée à terminer la soirée de manière informelle autour du buffet préparé par l’association Camarada


 Eléments d’évaluation

Les remarques qui suivent ont été recueillies après la soirée auprès d’un peu moins de 20 participant·e·s. Elles ne prétendent donc pas refléter les opinions de toutes les personnes présentes, mais donner simplement une indication sur ce qui a été apprécié et sur ce qui aurait pu être amélioré.

 Remarques générales

  • Idée d’organiser ces moments participatifs très bonne
  • Initiative d’impliquer la populations intéressante. Mais participation limitée
  • Type de rencontre pas fait pour que des migrants d’autres continents puissent y participer
  • Soirée bien organisée
  • Espace pour exprimer des idées = +
  • Possibilité pour les gens de parler des problèmes qu’ils constatent et souvent subissent
  • Implication des personnes présentes = appréciée
  • Pas trop de surprises
  • Peu de nouveautés, peu de propositions originales
  • L’intérêt de l’évènement était dans le regroupement des personnes (professionnels, associations, habitants) et la possibilité de créer des liens
  • Pas assez de jeunes présents
  • Pas tant d’habitants présents, car beaucoup de personnes = professionnel·le·s
  • Horaire dépassé de 40’ = trop

 Introduction

  • Trop longue
  • Temps trop long, au détriment des groupes
  • Ce qu’a dit M. Apothéloz était intéressant
  • Trop de bla-bla
  • Les interventions politiques au début = –

 Présentation du Portrait social de quartier

  • Statistiques = intéressantes
  • C’était une présentation de sociologue, avec du jargon, peu concret
  • Les conclusions pas mises en débat

 Ateliers

  • Le moment le plus intéressant
  • id, car concret
  • Beaucoup de préoccupations exprimées
  • Mais souvent « basiques »
  • Très animé
  • Pas assez de temps pour le moment de véritables échanges et pour creuser les pistes d’action
  • Pas assez de temps
  • Dispositif trop statique ( face à face professeurs – élèves)
  • Bonne ambiance, bonne écoute
  • On a pu pousser la réflexion ensemble
  • Consignes trop vagues
  • Trop de temps mis pour coller des stickers
  • Présences de personnes migrantes = +

 Quartier

  • Territoire concerné trop vaste : = 4 à 5 véritables quartiers
  • = secteurs très différents les uns des autres → propositions = générales et nivelantes
  • On ne dépassait pas la juxtaposition d’apports personnels
  • La rigidité du découpage par secteurs et sous secteurs lisse un certain nombre de faits → alterner les échelles, dépasser une approche statique pour voir les dynamiques temporelles.
  • Différencier les problématiques et sous-secteurs
  • Davantage prendre appui sur les forces actuelles (MQ, Forum)

 Processus

  • Chemin encore long pour rendre les habitants acteurs du changement qui les concerne
  • But = renforcer la capacité d’action des habitants regroupés en collectifs, ou prises en charge des problèmes par la Ville ?

 Restitution des groupes

  • Temps pour chaque groupe pas défini → pas équitable
  • = juxtaposition d’apports, sans problématiser → trop de latitude pour le groupe de suivi, qui devra définir un plan d’actions.
  • Il y a une certaine convergence sur ce qui manque ou manque pas

 Repas

  • Copieux et de qualité

 Suites

  • Les réunions qui aboutiront au plan d’action seront uniquement le fait des professionnels
  • Souhait d’être informé de ce qui aura été réalisé
  • Refaire une rencontre de ce type de temps en temps
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