Le zoo de Genève à St-Jean

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 A propos de cet article

C’est dans le cadre du projet "mémoire de quartier" que ces photos et cette histoire sont parvenues au Forum. Voici le message :
- "Bonjour, je suis tombé sur votre site de photos du 12-03 et j’aimerais vous féliciter de votre initiative. Mille merci et voici
une petite contribution au souvenir de ce quartier ou je suis né il y a 42 ans.
Pascal"



L’ancienne Billetterie du Zoo, qui deviendra plus tard le magasin d’un fleuriste (Sandmeier) puis un restaurant chinois.




Vestige de la fosse des Éléphants. Au milieu trônait un énorme tronc d’arbre qu’utilisaient les pachydermes pour se gratter le dos.


Ici un bâtiment faisant partie du décor "Africain" du zoo. L’enceinte du zoo est en partie visible de nos jours, ce sont ces plaques
de bétons posées les unes sur les autres.


Local de rangements des outils.


 POUR LA PETITE HISTOIRE

- Une partie des maisons du Nant-Cayla sont construites avec les pierres récupérées dans le zoo abandonné.
- Les animaux mouraient beaucoup dans ce zoo. Les bêtes étaient "jetées" dans une décharge située près du zoo.
- Un voisin - dont j’ai oublié le nom - qui habitait dans les immeubles du chemin des Sports, avait récupéré un crâne
de tigre, il l’avait bouilli et poser sur la bibliothèque de son salon.

  L’HISTOIRE

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, les habitants de Genève se sont pris de passion pour les animaux du zoo de Saint-Jean.
Entre 1935 et 1940, le quartier de Saint-Jean à Genève abrita un jardin zoologique. Le projet, pourtant destiné à rivaliser de prestige avec ses cousins bâlois et zurichois, fut rapidement confronté à des problèmes financiers et le site fut contraint de fermer définitivement ses portes [1] .

L’idée de créer un zoo à Genève est née en 1929 dans l’esprit de Henri Larsen, un taxidermiste danois qui travailla au Musée d’histoire naturelle de 1915 à 1952. Grand passionné du monde animal, il sut rapidement obtenir le soutien de son directeur, ainsi que les encouragements des milieux de l’enseignement et du tourisme.

Un premier projet fut présenté au Grand Conseil en 1930, lequel refusa, invoquant des motifs financiers. Outre les 500’000 francs nécessaires à l’implantation du zoo et à l’achat d’une centaine d’animaux, l’État devait investir 375’000 francs pour l’acquisition de la propriété Masset, située entre l’avenue d’Aïre et le Rhône. Le député socialiste Léon Nicole soulignait, déjà à l’époque, que « cette propriété serait beaucoup mieux utilisée pour des maisons locatives ».

C’est pourtant le même Nicole qui participe fièrement, cinq ans plus tard, à la visite inaugurale du zoo de Genève. Entre temps, il est vrai, Larsen a conçu un nouveau projet qui ne s’appuie plus que sur des investissements privés. De plus, les terrains ne sont pas achetés, mais loués. Tout comme les animaux.

Le projet repose donc sur des bases financières fragiles que l’engouement populaire des premiers mois ne parvient cependant pas à consolider. En mars 1936, Henri Larsen est mis en faillite et l’exploitation du site est reprise par les entrepreneurs qui l’avaient bâti.

En 1937, les animaux continuent d’attirer les foules – plus de 100’000 entrées en une année – mais les difficultés financières persistent. Les demandes de subventions déposées auprès du Conseil administratif sont refusées et, comble de malchance, le zoo est mis en quarantaine à la fin de l’année, à cause d’une vague de fièvre aphteuse.

L’avenir du zoo est sévèrement compromis, ce qui provoque un élan de solidarité au sein d’une partie de la population genevoise. Des collectes d’argent et de nourriture s’organisent pour sauver les animaux. Un fermier voisin va même jusqu’à héberger et domestiquer une louve.

A la fin de l’année 1940, les conditions de captivité deviennent catastrophiques. Alors que les plus belles bêtes sont déjà reparties chez leurs propriétaires, celles qui restent commencent à mourir de faim. Ce sont surtout les fauves qui posent problème, en raison du rationnement de la viande imposé par la guerre. La rumeur court qu’on doit « tuer des biches pour nourrir les autres animaux, comme les lions ». Pour mettre un terme à cette situation, le Conseil d’État ordonne la fermeture du zoo, le 12 décembre 1940. Les animaux et l’équipement du restaurant sont mis aux enchères.

Pour l’anecdote, un éléphant est acheté pour la somme de 800 francs par des paysans qui espèrent ainsi faire l’économie d’un tracteur pour labourer leurs champs. Mais, excédés par la nonchalance du pachyderme, ils se résolvent à le revendre au cirque Knie.

Quant au site, il est laissé à l’abandon. Après la fermeture, les constructions du zoo sont restées en place pendant de nombreuses années. Le terrain a ensuite été cultivé par un paysan. Aujourd’hui, ce sont les pelles mécaniques qui labourent l’ancien zoo pour faire pousser des immeubles. Après septante ans, l’injonction de Léon Nicole se réalise enfin. I

[1] Mémoires d’éléphant. Le zoo de Genève à Saint-Jean entre 1935 et 1940, maison de quartier de Saint-Jean, Genève, 1993.


+ d’infos : mémoire du quartier

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